27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 16:02

 

J'ai vécu : le harcèlement à l'école...

 

 

Lorsque la campagne de choc contre le harcèlement à l'école a débuté, je me suis dit qu'en dépit du point d'honneur que je tente (tant bien que mal) de mettre à dissocier blog et vie privée, il fallait sans doute que je vous fasse part de mon expérience :


Aujourd'hui avec les réseaux sociaux, le harcèlement à l'école semble bien pire, pourtant, au regard des spots, je me dis que les choses n'ont fondamentalement pas changé. D'où l'importance d'une certaine vigilance, et d'une proximité parents-enfants, parents-corps enseignant, et corps enseignant-élèves qui doit absolument évoluer. Je reste persuadée qu'avant, nos enseignants étaient plus sévères et moins laxistes, tout comme les parents d'ailleurs (oui je généralise encore et inutile de polémiquer là-dessus une fois de plus), mais le dialogue nul s'accompagne de souffrances, et la souffrance peut très mal finir.  Pourquoi les élèves ont-il peur de parler, pire encore, pourquoi néglige-t-on leurs maux quand enfin, ils y mettent des mots ?

 

 

Dis-moi qui sont tes parents, je te dirai si tu morfleras...

Fille de flic je n'ai par définition eu aucun répit de la 6ème à la 1ère. Tout un collège qui se rue sur vous parce que votre père a confisqué le scooter d'une "grosse tête" sans casque, parce qu'il fait partie de ceux qui castagnent pendant les manifs, ou se faire cracher dessus parce qu'il vient vous chercher en uniforme, c'est traumatisant à vie, et c'est avoir peur du monde extérieur pendant longtemps, voire plus...  Souvent, les élèves sont assez observateurs des parents de leurs camarades, mais nous parents, sommes-nous suffisamment observateurs, au delà des carnets de notes et des sacs à dos de nos enfants ? 

 


Pourquoi souvent, les élèves harcelés se taisent

Bien moi je n'ai rien dit. Parce qu'en plus de me faire démonter la tronche à l'école, je me faisais déboîter la mâchoire à la maison... Aucun sentiment de sécurité, nulle part, et j'aurais très bien pu en parler aux professionnels des établissements scolaires mais jamais ceux-ci n'avaient évoqué le sujet, dans aucune classe, pourtant, j'étais loin d'être la seule dans le cas. Seulement voilà, être celle qui ouvre la brèche, c'est aussi accepter d'être celle par qui les sanctions tombent... 

 

 

Le sexe à l'école

Ils étaient trois derrière moi à la sortie du lycée. Visiblement pas tous potes. Deux d'entre eux raillaient ma tenue vestimentaire : " C'est quoi cette jupe pourrie ? Attends on va te l'enlever". L'un d'eux a baissé ma jupe, l'autre éclata de rire, et le troisième m'a pris la main pour me dire : " Ne t'inquiète pas je suis là, ils ne te feront plus rien" . Ce fut mon meilleur pote du lycée, pas très recommandable... mais super pote. A côté de la scène accablante il y avait quelques adultes, mais aucun d'eux n'avait réagi... 

Me bloquer dans les cages escaliers, chercher à regarder sous ma jupe, me demander si je porte un soutif bleu ou vert, ce sont des choses bien trop communes entre les élèves, désolée, pour être ignorées... Et si je n'ai jamais cédé à quelque chantage sexuel que ce soit, il aurait sans doute fallu que je sois une élève parfaite, sans zéros, sans bavardages en classe, et sans reproches, pour que je ne  puisse jamais craindre les chantages d'une part, et les réactions des adultes de l'autre... 

 

 

L'issue  fatale ?

Pauline 12 ans, élève du collège Jean Jaurès de Lens s'est donnée la mort avec le fusil de chasse de son père le 3 janvier dernier... Moi aussi j'y ai pensé, à prendre le flingue de mon père pour en finir une fois pour toutes, jusqu'au jour où j'ai remarqué que l'unique façon de m'en sortir, était de me lier au bourreaux. Et ça m'a pris en 1ère : une baffe à un camarade en plein cour et j'étais devenue une star. C'est con cet instinct de survie que je ne recommande absolument pas mais voilà, ce fut comme ça. Exit la fille de flic et bonjour la racaille...

De raillée, je suis peu à peu devenue celle qui se moquait impunément. Celle qui se cachait au fond de la classe pour faire des conneries avait remplacé celle qui se cachait tout court, celle qui faisait gaffe à ses fréquentations était devenue l'une des plus grosses têtes à craindre du lycée, car accompagnée de petits trafiquants, de voleurs, et de fouteurs de merdes. Jamais je ne m'étais sentie autant respectée, et en sécurité... Sentie seulement...  Heureusement pour moi, cette tournure s'acheva en même temps que ma scolarité au lycée... sinon je ne serais peut-être pas là aujourd'hui pour vous en parler...


http://www.agircontreleharcelementalecole.gouv.fr/

Bebarock

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Be BaRock - dans Coup de gueule
commenter cet article

commentaires

pulchinette 05/02/2012 20:38

Tiens tiens, ça me rappelle des souvenirs de fin de primaire !
J'étais dans une classe où les élèves avaient décidé de pas travailler, et comme j'étais une des 3 bon(ne)s élèves de la classe, qu'est-ce que j'ai pris !
Du coup mes parents ont décidé de me changer de secteur pour l'année suivante (6ème), parce que ça devenait assez récurrent, et de pire en pire !

Be BaRock 11/02/2012 21:31



Au moins tes parents ont été attentifs ... Pas toujours le cas malheureusement : (



nana 30/01/2012 14:12

oui mais utile quand même... si chaque témoignage peut servir à ouvrir les yeux ne serait-ce que d'une personne, ce serait déjà ça de gagner. mais sinon oui tu as raison... malheureusement...

Be BaRock 31/01/2012 21:16



Oui : (



nana 28/01/2012 15:50

témoignage fort, poignant... qui fait mal... qui est sans aucun doute utile!

Be BaRock 30/01/2012 13:12



Utile j'espérerai franchement... mais j'ai un gros doute quand je vois qu'il faille attendre les campagnes présidentielles, ou que des jeunes meurent pour que les gens pensent soudain : Merde
c'est grave, il faut se bouger le cul !



Gentleman W 28/01/2012 12:04

Chaque exemple ou chaque témoignage reste différent avec des causes et effets mais aussi des contextes différents. Difficile de comprendre, impossible de juger.

Mais aussi l'école apprend la vie, ne vivons pas dans un monde de bisounours si doux, car si une claque chauffe la joue et parfois blesse interieurement, parfois le claqueur et le claqué
connaissent les limites dépassées. Et le harcélèment commence quand ?


Nous avons tous vécus des moments peut glorieux en classe, en vie de classe, en dehors et proche de l'école, mais à quel moment notre fierté a t elle été blessée ?


Il faut relativiser et en même temps être vigilant. Au sein de l'école et en dehors dans notre vie de parents. Les professeurs n'assurent parfois qu'une mission d'éducation , d'enseignement du
savoir, et plus d'encadrement. Les temps de la rigueur et de la politesse s'amenuisent, car certains parents sont trop mous. Le débat mériterait des pages et chacun trouverait une définition
différente.


Je dis simplement restons vigilant, parlons avec nos enfants de leurs vies "aveugles à nos yeux (que savons nous de leurs vies entre la maison et dans le collège ou lycée), parlons encore,
observons les signes de leur doutes, de leur détresse. Mais là encore il faut être présent, et conscient de la DEFINITION du MOT EDUCATION qui INCOMBE aux PARENTS, AUX DEUX PARENTS !!!

Bel article ma chère !

Be BaRock 30/01/2012 13:10



Vous savez mon Gentleman, se taquiner et même se pourrir un peu la vie scolaire fait sans doute partie de l'apprentassage de la vie. Mais l'acharnement en masse, surtout s'il est sans relâche
fait partie de l'apprentissage de la violence et de la méchanceté. L'arreur est humaine, l'horreur beaucoup moins...



Bernadette 27/01/2012 21:03

Ton témoignage est fort et je me trouve quelques points communs avec toi du coup .... :)
Moi je t'avoue que j'y pense tous les jours pour ma fille de 13 ans, j'essaie d'être attentive et vigilente mais quand je lis certains faits divers, je flippe grave.

Be BaRock 30/01/2012 13:06



Ah bon Dieu m'en parle pas ! Ma fille à 4 ans et dans quelques années je n'imagine même pas qu'on lui fasse le quart de ce qu'on m'a fait à moi...  La vigilence, savoir rester à l'écoute de
son enfant, et ne pas se détacher de son univers quelque soit les crises d"adolescence me semble la meilleure solution pour qu'en gradissant, elle ne puisse jamais avoir peur de se confier...



Gaëlle 27/01/2012 19:45

C'est bien d'avoir le courage de raconter ton histoire. On a tellement tendance à banaliser les gestes de violence ordinaire, comme si c'était normal. Je ne suis pas sûre que cette campagne
changera quoi que ce soit, si de réels moyens ne sont pas mis en place derrière dans les structures scolaires pour accompagner les élèves en souffrance, néanmoins les gens qui témoignent, comme tu
viens de le faire, aident à faire avancer un peu les choses

Be BaRock 30/01/2012 13:04



Il peut y avoir une prise de conscience, mais les ados n'ont-ils que faire des prises de conscience ?



La belle bleue 27/01/2012 19:27

Beau témoignage !

J'étais aussi harcelée au collège (ça s'est arrêté au lycée), jamais physiquement, mais les mots étaient tout aussi forts. En général, les moqueries concernait mes tenues vestimentaires (ni à la
mode, ni de marques ou très peu) et mon physique en général (je cumulais grosses lunettes, appareil dentaire et coupe de cheveux ringarde).

Le plus dur, c'est en fait de dépasser ça et de cesser de se voir tel(le) que l'on était à cette époque, quand les hormones faisaient la loi. Parce que même si j'ai changé et que mon corps et mon
visage sont plus harmonieux, j'ai encore tendance à me voir telle que j'étais au collège !

Be BaRock 30/01/2012 13:03



Les enfants peuvent être méchants entre eux ! Très méchants ! Tu sais c'est aussi un problème d'éducation. Apprendre à ses enfants que de se moquer d'autruit ça ne se fait pas, mais aussi, leur
apprendre à avoir confiance en eux !



phenix 27/01/2012 19:14

ces pour sa qu'il faut toujour être a l'écoute de son enfant quoi qu'il dise et lire entre les ligne la peur et la détresse qu'il ressent envers ceux qui lui fond du mal et mordre un bon coup pour
que cela ne recommence plus.

ish 27/01/2012 17:52

C'est touchant...et je suis contente de te connaître même virtuellement comme tu es maintenant

Be BaRock 30/01/2012 13:01



Merci ma belle : )



Simplement moi 27/01/2012 17:37

Coucou !
Ca me fait mal à chaque fois que j'entends ce genre d'histoire. Moij'ai été très chahutée plus d'une fois en primaire. Une fille m'a traînée par terre par les cheveux, m'arrachant une bonne touffe
au passage !
Je n'ai jamais rien dit...
Et j'en souffre encore... Pourtant, c'était peu en regard d'autres histoires !

Be BaRock 27/01/2012 17:44



Tu sais comme je dis toujours il n'y a pas de comparaison à la souffrance. Un "rien" peut te traumatiser à vie, un "tout" peut laisser juste quelques traces...